Tendances Consommateur 2024/25 : après 10 ans d'absence, comment la couleur prépare son come-back dans le monde du jardin

Les JdC Garden Trends sont une occasion unique de prendre la tension du marché, d’écrire demain et de formaliser les nouvelles stratégies qui s’annoncent, sur un terrain neutre à visibilité dégagée. Pour vous aider à voir plus clair et plus loin, retrouvez le décryptage du marché par notre partenaire, le cabinet de tendances CHLOROSPHERE. Faisons le point sur ce qui est en passe de changer sur notre marché.

Retour en arrière pour comprendre : Le monde du jardin dominé par une collection atemporelle depuis 2015.
La période après-crise subprimes qui correspond à 2010-2015 a vu l'émergence de coloris assez inhabituels mais dynamisants pour le monde du jardin, faisant écho à un désir des particuliers de retrouver un peu de légèreté et de joie de vivre.
Alors que le trio de couleurs vert anis-fuchsia-violet régnait en maître sur le marché français du jardin de 2010 à 2015 - pour la plus grande surprise de nos voisins européens qui nous regardaient avec étonnement – les collections se sont par la suite, nettement assagies : le sempiternel gris anthracite 7016 était la référence incontestée, faisant les beaux jours de la GSB autour de l'univers de la poterie, des portails, des pierres et parements, spas, lames de terrasses.
Pourquoi cette couleur ? Car elle équivaut à une prise de risque zéro, tant pour l'industriel que l'enseigne mais aussi et surtout pour le consommateur : ne pas se lasser tout en « modernisant » avec une valeur sûre.
Issue, notamment, du monde de l'architecture, cette couleur allait de pair avec les huisseries, portes et fenêtres mais aussi la voiture.
Depuis, globalement que ce soit en décoration intérieure mais aussi par extension, pour le jardin, notre consommation s'est harmonisé sur une ambiance, certes « moderne » mais qui est devenue ternes à nos yeux. Un jardin tout gris est-il vraiment l’éden attendu ?

Aujourd'hui : un marché du jardin qui veut devenir plus vert
Depuis environ 2019, les industriels du marché du jardin ont opéré une course à la « greenitude » : être plus vert que vert. Sur un terrain d'expression focalisé sur la nature, les alternatives écologiques aux produits conventionnels sont devenus un argument de séduction notamment dans les rayons des produits de soin et de traitement pour le jardin, le textile, la motoculture, la poterie, le mobilier.
Dans ce contexte, une nouvelle esthétique émerge aujourd'hui dans le marché de masse : le jardin au naturel.
Prenons pour exemple le monde de l’hôtellerie de luxe aujourd'hui. Le terme « moderne » n'est plus associé à un univers architectural, gris, minéral, mais plutôt à une image chic et nature où le bois a une place de choix. Dans le jargon international, les collections de mobilier « moderne » sont aujourd'hui majoritairement constituées de bois (robinier, paulownia par exemple), maille, tressage et voilage là où la norme était l'aluminium, la résine et le minéral il y a peu.
Les dernières démonstrations de référence en matière de jardin l'ont prouvé : que ce soit au festival international des jardins de Chaumont-sur-Loire, à Jardins, jardin, au Chelsea Flower Show de Londres, au concours du carré des jardiniers : la conception paysagère aujourd'hui est guidée par cette quête d'authentique nature...
Demain : fini la morosité, place à la couleur !
Tout comme l'après crise de 2009-2010, nous sommes en plein virage post crise Covid-Ukraine-Inflation. Avec la perspective d'une célébration mondiale aux jeux de Paris, une stabilisation de l'inflation et la perspective des nouveaux défis universels que sont l'avènement de l'I.A., la reconquête spatiale et l'an 1 de l'ère climatique, les compteurs sont comme remis à zéro pour un nouveau départ qui, lui, se veut plus optimiste. 
Les prémices de cette table rase ont été notables avec l'arrivée très remarquée de Barbie pour décomplexer et renverser la tendance d'un monde trop terne.
Le film, déjà annoncé comme une tendance mondiale sous le terme #barbiecore un an avant sa sortie, a été le meilleur lancement de 2023, film le plus rentable de l'année et entré dans le top 10 des plus gros succès historiques du cinéma à l'échelle internationale. Porté par la génération des millenials (23 % de la population totale et 50 % des consommateurs), ce phénomène démontre bien le potentiel commercial de cette génération en quête de sens, de nostalgie (colorée!) des années 80-90 et d'expression de soi.
Depuis, les grands noms de la déco, de l'architecture, du design et du branding ne jurent plus que par la couleur !
A l'image du plus grand show floral du monde à Philadelphie, les coloris deviennent électriques, contrastés, omniprésents.

Dans la mode, le beige était devenu la référence du chic et du branché. Il laissera sa place dès le printemps 2024 à des mélanges acidulés, pastel fluo ou encore presque psychédéliques, comme l'a démontré la campagne Louis Vuitton 2023 où les couleurs vives de Kusama ont supplanté le monogramme brun et marron.
A moindre échelle mais tout aussi notable, l'industrie automobile retrouve de nouveaux coloris dans le top 5 des ventes comme le vert chez Dacia Duster, Peugeot 308, Kia Sportage, Toyota Highlander, Opel Mokka.
Largement soutenue par l'intelligence artificielle générative, la tendance à l'explosion de couleurs est popularisée et démocratisée à l'échelle mondiale : les utilisateurs s'amusent à ré-inventer leur quotidien en mille et une couleurs...
Ce n'est pas non plus un hasard si la première destination touristique d'Europe : Disneyland Paris, mise toute sa stratégie 2024 sur le « festival des couleurs » avec de nouveaux shows, déco et parades !
Au-delà de toutes ces confirmations d'envergure, les salons internationaux de la décoration intérieure fin 2023 et début 2024 sont unanimes : fini la morosité des couleurs ternes : place au retour de la couleur !

Sur les JdC Garden Trends 2024 : comment la couleur pourra-t-elle s'exprimer ?
Dès l'entrée du salon, vous retrouverez une mise en scène de jardin haute en couleurs qui sera un révélateur des tendances globales du salon : univers du plein air, de la décoration, de l'aménagement : marques et enseignes ne pourront pas passer à côté de touches colorées pour constituer les collections 2024/2025.
Pour les plus récalcitrants, le « risque » à rompre avec le sage atemporel, pourra se limiter à des accessoires de jardinage, des manches, des petits détails discrets mais néanmoins présents. Pour les afficionados de l'esprit fun et coloré au jardin, les paris les plus fous pourront être osés, pour enfin apporter de la diversité dans des gammes dominées par le noir et le blanc comme le monde du barbecue, du mobilier ou encore des structures comme les pergolas ou encore brises-vues.
Pour nous y aider, certaines technologies et nouveaux matériaux seront à prendre au sérieux. L'intelligence artificielle, bien entendu, mais aussi des avancées techniques comme les résines recyclées fondues ou la jesmonite qui apportent une touche plus colorée, unique et durable à des plateaux de table par exemple, en utilisant des couleurs acryliques dans une matrice solide de gypse.

Entre ces deux visions (total look contre détail subtil), l'accessoire sera bien entendu un allié de poids : coussins, tapis, lanternes, éclairages, statuettes, auront toutes et tous un rôle important à jouer dans ce relooking de notre marché.

Par Manuel Rucar